No Shtandart in Europe
No Shtandart in Europe est un collectif international lanceur d’alerte dont l’activité a débuté en juin 2022. Il réunit des associations ukrainiennes, des Ukrainiens et des sympathisants de l’Ukraine, en France et à l’étranger. De 2022 à 2026, il a mené une campagne en faveur de l’application au navire russe Shtandart (MMSI 518999255) de l’interdiction d’accès aux ports de l’Union européenne prévue par les sanctions européennes contre la Russie. L’année 2026 montre une convergence dans l’application des mesures restrictives, y compris en France.
2022 — Arrivée à La Rochelle, premières mobilisations et création du collectif
- Sanctions portuaires européennes et accueil du Shtandart à La Rochelle
- Création de No Shtandart in Europe et début de mobilisation contre des escales en Espagne et en France
2023 — Contestation des escales et premiers contacts avec la Commission européenne
- Armada de Rouen : contestation de la participation du Shtandart
- Semaine du Golfe du Morbihan : débat sur l’application des sanctions européennes
- Escale à Calais : position de l’organisateur et interprétation préfectorale
- Saint-Nazaire : une escale contestée en août
- Granville et les autres escales de l’été 2023
- Premiers contacts avec la Commission européenne
- Bilan de l’année 2023
2024 — Le tournant médiatique, juridique et institutionnel
- Les enquêtes de Ouest-France sur le Shtandart et Vladimir Martus
- Les nouveaux blocages en Espagne
- Changement de pavillon et de propriétaire officiel
- La clarification européenne du 24 juin 2024 et le contentieux français
- L’extension des interdictions aux autres ports français
- Les accusations et procédures visant Bernard Grua
- Bilan de l’année 2024
2025 — La Rochelle et le golfe du Morbihan, des exceptions européennes
- Reconnaissance de Boutcha et controverse autour de la Semaine du Golfe
- Refus d’accès au Royaume-Uni, en Norvège et au Danemark
- Confirmation de la Commission européenne et ordonnance du Tribunal de l’Union européenne
- Espagne et Portugal : les refus d’accès après l’ordonnance
- Analyses géopolitiques, procédure européenne et projet Kombat-Tour
2026 — Vers une application effective et coordonnée des sanctions européennes
- De la gestion locale à un cadre national d’interdiction
- L’arrêté interpréfectoral du 5 mars 2026
- Refus d’escale en Italie et surveillance au large de la Corse
- Au Monténégro, un signalement et des difficultés de transmission de l’information
- Le Shtandart en Turquie
2022 — Arrivée à La
Rochelle, premières mobilisations et création du collectif
1.
Sanctions portuaires européennes et accueil du Shtandart à La Rochelle
Le 8 avril 2022, l’Union européenne adopte un cinquième train de sanctions contre la Russie en réponse à son agression militaire contre l’Ukraine. Le règlement (UE) nº 833/2014, modifié notamment par le règlement (UE) 2022/576, introduit à l’article 3 sexies bis une interdiction d’accès aux ports de l’Union européenne, applicable à partir du 16 avril 2022 à tout navire immatriculé sous pavillon russe. Cette interdiction s’applique également aux navires ayant changé de pavillon russe ou de numéro d’immatriculation russe après le 24 février 2022.
Sources : L’UE adopte une cinquième série de sanctions contre la Russie en raison de son agression militaire contre l’Ukraine, Consilium Europa, 8 avril 2022 ; Règlement (UE) nº 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014, EUR-Lex.
Avant même l’arrivée du Shtandart à La Rochelle, les conditions de son accueil font l’objet de discussions. Le 8 mars 2022, France 3 rapporte les propos de Patrice Bernier, maître de port principal, qui déclare : « Nous demandons au commandant pour des raisons de sécurité publique d’afficher son soutien à l’Ukraine, de ne pas montrer qu’il vient militer pour la Russie, ça serait malvenu. » Le 2 avril 2022, il ajoute à l’attention du journal Le Monde : « Nous avons avisé le préfet de la Charente- Maritime, les douanes, les services de renseignement, le ministère de la mer, rien ne s’oppose à ce que le Shtandart puisse venir. »
Sources : La Frégate russe le Shtandart attendue à La Rochelle, France 3, 8 mars 2022 ; .Avis de gros temps sur un trois-mâts russe, Le Monde, 2 avril 2022.
Le 5 juin 2022, sur Aunis TV, Ludovic Pacciarella, officier de liaison du Shtandart, présente les personnes à l’origine de la venue du navire à La Rochelle : lui-même, Michel Balique, Patrice Bernier et Frédéric Bouffard.
Source : Vidéo - Le « Shtandart » jette l’ancre à La Rochelle dès le 6 juin prochain pour la semaine du nautisme, Aunis TV, 5 juin 2022
Le Shtandart entre finalement dans le port de La Rochelle le 8 juin 2022. Le même jour, Vladimir Martus déclare sur Ici La Rochelle : « J’ai quitté définitivement la Russie il y a treize ans, parce que je ne suis pas en accord avec la politique de mon pays. » Le 9 juin, France 3 rapporte que Michel Balique, président des Amis des Grands Voiliers, est intervenu auprès des autorités pour permettre l’accueil du navire malgré les sanctions européennes. Michel Balique justifie cette démarche en affirmant que « le Shtandart n’appartient pas à des oligarques russes et n’est ni un navire de transport ni un bateau de plaisance, mais une réplique historique de la frégate de Pierre le Grand », comparable à L’Hermione. Il explique que ces arguments ont été utilisés pour obtenir les autorisations d’escale.
Sources : Le bateau russe le Shtandart de retour à La Rochelle, après quelques remous, Ici La Rochelle, 8 juin 2022 ; Le Shtandart qui bat pavillon russe de retour à La Rochelle après plusieurs semaines d’errance en Méditerranée, France 3, 9 juin 2022.
Le récit de Vladimir Martus, qui se présente comme un opposant à la politique du Kremlin ayant quitté la Russie en 2009, est également relayé par actuLaRochelle. Le média décrit le capitaine comme un opposant au régime de Vladimir Poutine qui voyage depuis son départ de Russie sur les mers du monde entier.
Source : La Rochelle : le navire russe « Shtandart » enfin autorisé à accoster, après des semaines d’errance, actuLaRochelle.fr, 11 juin 2022.
2. Création
de No Shtandart in Europe et début de mobilisation contre des escales en
Espagne et en France
De juin à août 2022, les mobilisations du collectif se succèdent à La Rochelle, en Espagne, en Ukraine et en Bretagne.
Le 12 juin 2022, des membres de la diaspora ukrainienne et des personnes déplacées d’Ukraine manifestent devant le Shtandart dans le port de La Rochelle.
Source : La Rochelle : des Ukrainiens manifestent contre la présence du « Shtandart », Sud Ouest, 13 juin 2022
En juillet 2022, l’action du collectif s’étend à l’Espagne, où le Shtandart prévoit de participer à la Ruta Iacobus Maris. Le 10 juillet, Javier H. Rodriguez, dans le Faro de Vigo, affirme que les sanctions européennes s’appliquent au navire et évoque un contournement de la réglementation européenne. L’article cite Bernard Grua, porte-parole de No Shtandart in Europe, qui conteste notamment le récit selon lequel Vladimir Martus aurait quitté la Russie en 2009 pour des motifs politiques.
Source : Una fragata rusa capea las sanciones y se dirige a Vigo, Faro de Vigo, 10 juillet 2022
Le 22 juillet, l’Asociación de Ucranianos de Galicia-Girasol organise un rassemblement à Vigo contre la participation du Shtandart à la Ruta Iacobus Maris. L’association dénonce une « violation flagrante » du cinquième train de sanctions européennes et présente le navire comme un instrument de « guerre hybride ». Le lendemain, Galicia Press rend compte de cette mobilisation.
Source : La Asociación de Ucranianos de Galicia-Girasol ha realizado un acto contra la próxima llegada de la fragata rusa Shtandart, Galicia Press, 23 juillet 2022.
Le Shtandart n’est finalement pas autorisé à participer au festival de la Ruta Iacobus Maris à Vigo. Il peut néanmoins accoster le long d’un quai éloigné de l’événement. Le 24 juillet, Galicia Press rapporte la réponse de l’équipage aux manifestants ukrainiens, celui-ci affirmant également être victime de persécutions du Kremlin. Le 28 juillet, l’Asociación de Ucranianos de Galicia-Girasol porte plainte contre l’autorité portuaire de Vigo pour avoir autorisé cet accostage malgré l’exclusion du navire de l’événement.
Sources : La fragata rusa Shtandart responde a los ucranianos que ellos también son perseguidos por el Kremlin, Galicia Press, 24 juillet 2022 ; Refugiados de Ucrania denuncian al Puerto de Vigo por violar las sanciones a Rusia, Galicia Press, 28 juillet 2022.
Le 31 juillet 2022, Galicia Press publie une tribune de No Shtandart in Europe intitulée « La fable anti-Poutine qui a permis à la frégate russe Shtandart d’accoster en Galice ». Le collectif y contredit le récit justifiant l’accueil du navire et met en cause l’interprétation retenue pour permettre son escale.
Source : La fábula anti-Putin que permitió a la fragata rusa Shtandart atracar en Galicia, Galicia Press, 31 juillet 2022.
Le 15 août 2022, des membres de No Shtandart in Europe manifestent à Camaret contre la présence du Shtandart et sa participation aux Voiles de Camaret.
Sources : Le conflit russo-ukrainien s’invite aux fêtes maritimes de Camaret-sur-Mer, Le Télégramme, 15 août 2022 ; Manifestation autour d’un bateau russe en escale à Camaret-sur-Mer, Ouest-France, 16 août 2022
Le 26 août 2022, Grad TV, média régional d’Odessa, diffuse un entretien avec Bernard Grua, porte-parole de No Shtandart in Europe, consacré aux objectifs du collectif.
Source : Французький активіст Бернар Грюа відвідав Одесу, Grad TV, 26 août 2022.
Le 11 décembre 2022, l’association Ukraine-Atlantique et le collectif No Shtandart in Europe manifestent contre la présence de la frégate russe, toujours stationnée dans le port de La Rochelle. Dans un article publié le 20 décembre, France 3 rapporte que les manifestants dénoncent un « accueil illégal » du navire. Ukraine-Atlantique déclare que « le viol des sanctions avec les encouragements du maire de La Rochelle et du préfet de Charente-Maritime n’est plus tenable ».
Source : Des manifestations contre la présence de la frégate russe « Shtandart » à La Rochelle, France 3, 20 décembre 2022.
2023 — Contestation
des escales et premiers contacts avec la Commission européenne
Au cours de l’année 2023, le Shtandart poursuit ses escales en France malgré les contestations de No Shtandart in Europe et d’associations ukrainiennes. Le collectif conteste auprès des organisateurs d’événements maritimes et des autorités l’accueil du navire au regard des sanctions européennes. Ses démarches suscitent des articles de presse, des manifestations et des réponses d’organisateurs et d’autorités qui défendent l’autorisation des escales. En parallèle, le collectif engage ses premiers échanges avec la Commission européenne au sujet de l’application du règlement.
1. Armada
de Rouen : contestation de la participation du Shtandart
Dès janvier 2023, la participation annoncée du Shtandart à l’Armada de Rouen, prévue du 8 au 18 juin, fait l’objet d’une controverse médiatisée. Le 8 janvier, Paris-Normandie rapporte que Michel Balique, président de l’association Les Amis des Grands Voiliers, qualifie la polémique d’« idiote et ridicule ». Il soutient que Vladimir Martus a quitté la Russie en 2009, après l’invasion russe de la Géorgie, et qu’il craint que son navire soit saisi s’il retourne dans son pays. L'invasion russe de la Géorgie a néanmoins eu lieu en août 2008. Le Shtandart a quitté la Russie à l’automne 2009.
Sources : Armada 2023 : à Rouen, le navire russe « Shtandart » cible d’une polémique, Paris-Normandie, 8 janvier 2023.
Le 9 janvier, 20 Minutes rapporte que Bernard Grua a adressé une lettre ouverte aux organisateurs de l’Armada pour contester la venue du navire. Le 10 janvier, 76actu confirme les arguments juridiques invoqués contre sa participation par Bernard Grua, présenté comme porte-parole de No Shtandart in Europe, un collectif regroupant, selon le journal, « les principales organisations ukrainiennes en France ». Bernard Grua accuse Vladimir Martus de tenir un « double discours », d’entretenir des « liens avec la Russie de Vladimir Poutine » et d’utiliser une image d’ « opposant » pour conserver ses activités en Europe occidentale. Le porte-parole du collectif qualifie l’anti-poutinisme du Shtandart de « fable sans réelle signification ». Il estime que le navire est « illégal » dans les ports européens et ne voit pas en quoi une exception au règlement européen pourrait être justifiable. L’article rapporte également la position de Vladimir Martus, qui présente son bateau comme un « réfugié politique ».
Sources : Rouen : une lettre ouverte contre l’accueil d’un voilier russe à l’Armada de la Liberté 2023, 20 Minutes, 9 janvier 2023 ; Armada 2023. Polémique sur la venue d'un navire russe : « Mon bateau est un réfugié politique », 76actu, 10 Janvier 2023.
Le 14 janvier, Libération revient sur les annulations d’escales intervenues en 2022 à Sète, Castellón de la Plana et Bordeaux. Vladimir Martus attribue ces déprogrammations à « un petit collectif d’Ukrainiens en France » et à l’intervention active de Bernard Grua. Le journal rapporte également l’argumentation de Michel Balique, selon lequel « le Shtandart n’est ni un navire militaire russe, ni un navire lié à l’État russe, ni un bateau appartenant à un oligarque, mais un navire détenu par une association à but non lucratif ». Il en conclut que le navire aurait pleinement le droit de rester dans les ports français. Bernard Grua soutient, à l’inverse, que le Shtandart entretient des liens avec le régime de Vladimir Poutine et conteste la présentation de Vladimir Martus comme opposant au pouvoir russe.
Source : Reportage Le «Shtandart», le voilier russe en mal
d’amarres dans les ports français, Libération, 14 Janvier
2023
La contestation prend également une dimension locale. Le 16 février, des citoyens lorientais et des Ukrainiens se rassemblent à Lorient en solidarité avec la mobilisation annoncée à Rouen. Le 18 février 2023, l’Ukraine-Normandie Association (UNA) et No Shtandart in Europe organisent une manifestation à Rouen contre la venue du navire à l’Armada. Ouest-France et 76actu rendent compte de cette mobilisation. Le même jour, une trentaine de personnes se rassemblent à Saintes pour protester contre la présence du Shtandart dans le port de La Rochelle.
Sources : À Lorient, des citoyens mobilisés contre la venue en France d’un bateau russe, Le Télégramme, 16 février 2023 ; À Rouen, des manifestants protestent contre la venue d’un bateau russe à l’Armada, Ouest-France, 18 février 2023 ; Des Ukrainiens manifestent à Rouen : "Pas de bateau russe à l'Armada", 76actu.fr, 18 février 2023 ; Saintes : ils veulent évincer le bateau russe basé à La Rochelle, Sud-Ouest, 19 février 2023 ; La Rochelle. Nouvelle mobilisation contre la présence du Standhart dans le port, actuLaRochelle, 21 février 2023
2. Semaine
du Golfe du Morbihan : débat sur l’application des sanctions européennes
En mars 2023, No Shtandart in Europe conteste la participation du Shtandart à la Semaine du Golfe du Morbihan 2023. Le 5 mars, actuMorbihan rapporte que le collectif a adressé deux courriers aux organisateurs, restés sans réponse selon lui. No Shtandart in Europe estime que la présence du navire contrevient au cinquième train de sanctions européennes et annonce une mobilisation à Vannes. Le collectif met également en cause les liens de Vladimir Martus avec l’administration présidentielle russe.
Source : Vannes : ils se mobilisent contre la venue d'un bateau russe à la Semaine du Golfe, actuMorbihan, 5 mars 2023
Le 18 mars, plusieurs médias couvrent une manifestation à Vannes contre la participation du navire. Dans La Croix, Raphaël Baldos examine les arguments du collectif, les textes européens et les positions des organisateurs, et interroge la Commission européenne. Son article relève que le règlement européen prévoit bien une interdiction d’accès aux ports pour le Shtandart. Il souligne néanmoins qu’un avis de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), daté du 23 janvier 2023, semble permettre la participation du Shtandart à la manifestation maritime.
Sources : Dans le Morbihan, un collectif s’oppose à la venue d’un
navire russe, La Croix,
18 mars 2023 ; Avis de la Direction nationale du renseignement et des
enquêtes douanières concernant le Shtandart à la Semaine du Golfe, DNRED,
23 janvier 2023
Ouest-France rapporte qu’une vingtaine de personnes défilent à Vannes, le 18 mars, à l’invitation de No Shtandart in Europe. Le journal mentionne également l’hostilité d’habitués de la fête maritime, qui jugent la polémique stérile, et relève que le navire reçoit des soutiens de l’extrême droite. Le Télégramme rappelle les arguments juridiques de Bernard Grua, porte-parole du collectif, qui invoque l’interdiction européenne applicable depuis le 16 avril 2022. Dans le journal télévisé 19/20 de France 3 Bretagne, des représentants du collectif déclarent vouloir rappeler les textes européens et demandent aux organisateurs d’agir en conformité avec les sanctions prises après le massacre de Boutcha.
Les mêmes reportages donnent la parole à Vladimir Martus, qui accuse Bernard Grua de vouloir « ruiner les efforts des organisateurs » et de « gâcher l’événement pour le public français ».
Sources : À Vannes, le bateau russe continue de faire des vagues et d’être récupéré de tous côtés, Ouest-France, 18 mars 2023 ; À Vannes, ils manifestent contre la présence du bateau russe Shtandart à la Semaine du Golfe, Le Télégramme, 18 mars 2023 ; Journal 19/20, France 3 Bretagne, 18/03/2023
Le 24 mars, Ouest-France signale que le Shtandart a été autorisé à participer à la Semaine du Golfe. Gérard d’Aboville, commissaire général de l’événement, défend cette décision en affirmant que « les organisateurs sont des marins organisant une fête pour d’autres marins et que le Shtandart est un beau bateau apprécié du public ».
Source : Morbihan. 1 390 bateaux pré-inscrits pour la Semaine du golfe, Ouest-France, 24 mars 2023
Le 15 mai 2023, Me Thierry Clerc adresse à Bernard Grua, pour le compte de Gérard d’Aboville, une mise en demeure contestant notamment les déclarations qualifiant d’ « illégale » la présence du navire et évoquant une « fraude au règlement européen ». Le courrier demande également le retrait de toute référence à la Semaine du Golfe et à Gérard d’Aboville, sous menace de poursuites.
Source : Mise en demeure adressée au porte-parole de No Shtandart in Europe pour le compte de la Semaine du Golfe, Me Thierry Clerc, 15 mai 2023
Le 18 mai, France 3 couvre une seconde manifestation du collectif pendant l’événement. Bernard Grua réaffirme que la présence du navire est « inacceptable » et « illégale », et met en cause les liens de Vladimir Martus avec le pouvoir russe. Le coordinateur général de la fête maritime, Poulig Belenfant, répond que les organisateurs n’ont pas le pouvoir d’interdire la participation du navire et qu’ils ont interrogé l’État dès le 23 janvier 2023. Il invoque la réponse de la DNRED, selon laquelle le Shtandart ne relèverait pas des sanctions. Les organisateurs défendent également la participation du capitaine, qu’ils présentent comme opposé au régime russe et à la guerre en Ukraine, et affirment qu’un retour en Russie exposerait le navire à une confiscation par l’État russe.
Sources : À Vannes, ils manifestent contre l'accueil de la frégate
russe Shtandart pour la Semaine du Golfe, France 3, 18 mai
2023 ; VIDEO. Semaine du Golfe 2023. « Le Shtandart affiche son
pavillon russe, c’est inacceptable », France 3, 18 mai 2023 ;
Avis de la Direction nationale du renseignement et des
enquêtes douanières concernant le Shtandart à la Semaine du Golfe, DNRED,
23 janvier 2023
3. Escale à
Calais : position de l’organisateur et interprétation préfectorale
En juin 2023, la participation du Shtandart à l’événement Escale à Calais, organisé du 23 au 25 juin, suscite de nouvelles interrogations. Le 14 juin, Nord Littoral questionne Marcel Charpentier, président de la Fédération régionale pour la culture et le patrimoine maritimes (FRCPM) et organisateur de l’événement. Concernant les accusations de Bernard Grua, il répond « ne pas savoir d’où elles viennent » et affirme qu’il ne modifiera pas le programme. Il indique notamment avoir prévu de faire l’inauguration à bord du Shtandart, en précisant que la sécurité du site sera assurée par une entreprise privée, avec la présence de l’opération Sentinelle et une convention avec la police.
Source : Escale à Calais. Pour Marcel Charpentier, le capitaine du Shtandart n’est pas pro-Poutine, Nord Littoral, 14 Juin 2023
Le 19 juin, Nord Littoral rapporte l’explication donnée par la préfecture du Pas-de-Calais concernant la présence du navire : « Le navire Shtandart est considéré comme un navire de construction traditionnelle, ce qui l’exclut de facto des navires soumis au champ d’application du règlement. » Cette interprétation administrative constitue l’un des arguments utilisés en 2023 pour justifier la poursuite des escales du navire dans les ports français.
Source : La Préfecture répond à la polémique autour du passage du Shtandart à Calais, Nord Littoral, 19 Juin 2023
4.
Saint-Nazaire : une escale contestée en août
En août 2023, le Shtandart prévoit une escale à Saint-Nazaire. Le 16 août, Bernard Grua rappelle, dans la presse locale, que le règlement européen interdit l’accès aux ports de l’Union aux navires visés par les sanctions. Il affirme que le Shtandart représente le pouvoir russe et invoque notamment sa participation, moins de six mois avant l’invasion de l’Ukraine, à une expédition en mer Égée financée par le Fonds de subvention de l’administration présidentielle russe.
Le maire de Saint-Nazaire, David Samzun, rappelle lui aussi le contenu du règlement européen et fait part de son opposition à l’escale, tout en précisant qu’il n’a pas autorité sur les installations portuaires. La presse reprend également la réponse du navire, qui affirme dénoncer la guerre.
Sources : Communiqué de presse de la mairie de Saint-Nazaire concernant la venue du Shtandart, David Samzun, 16 août 2023 ; La venue du Shtandart interroge à Saint-Nazaire, Ouest-France, 16 août 2023 ; Venue du navire russe Shtandart à Saint-Nazaire : « Nous dénonçons la guerre », assure la frégate, Ouest-France, 16 août 2023
Le 17 août, le navire franchit l’écluse sud et s’amarre quai du Commerce. Presse Océan mentionne la présence de deux membres de No Shtandart in Europe sur le quai, qui dénoncent l’escale. Une manifestante ukrainienne, Liliana, déploie un drapeau ukrainien et des panneaux dénonçant la guerre menée par la Russie. Elle demande l’application de la loi et rappelle les destructions subies par son pays, en présence de Bernard Grua.
Source : Le navire russe « Shtandart » fait sensation… et débat, dans le port de Saint-Nazaire, Presse Océan / Ouest-France, 17 août 2023
5.
Granville et les autres escales de l’été 2023
À la fin du mois d’août, le Shtandart participe au Festival des Voiles de Travail de Granville. Le 23 août, Arthur Quentin de Ouest-France présente les arguments de No Shtandart in Europe. Il examine les textes réglementaires relatifs à l’accès aux ports français et conclut que les escales du navire sont normalement non autorisées par le régime des sanctions mais qu’elles seraient couvertes par, comme l’indique l’article, par un « passe-droit » de la DNRED daté du 23 janvier 2023.
Sources : Le navire russe « Shtandart » a-t-il le droit d’entrer
dans les ports français ?, Ouest-France, 23 août 2023 ; Avis de la Direction nationale du renseignement et des
enquêtes douanières concernant le Shtandart à la Semaine du Golfe,
DNRED, 23 janvier 2023
La préfecture de la Manche déclare que le Shtandart, réplique historique d’un bâtiment, est un navire privé géré par une « association à but non lucratif » et qu’il n’entre pas dans le champ des sanctions en vigueur de l’Union européenne ou des Nations unies. Le fondateur du festival, Didier Le Guelinel, affirme de son côté que les organisateurs n’ont pas demandé d’autorisation particulière pour accueillir le navire et invoque la libre circulation des biens et des personnes.
Sources : Patrimoine. Navire russe à Granville : la préfecture s'exprime, La Manche Libre, 28 août 2023 ; Guerre en Ukraine. Un navire russe de retour en Normandie, malgré les sanctions européennes, France 3, 23 août 2023
Le 28 août, Le Télégramme rapporte que le Shtandart doit quitter Granville pour rejoindre Saint-Nazaire début septembre, après des escales prévues à Brest ou Concarneau, Belle-Île, Quiberon et l’île d’Yeu. Le journal cite la position de No Shtandart in Europe, selon laquelle la présence du navire dans les ports français est prohibée par le cinquième train de sanctions européennes.
Source : Bientôt de passage en Bretagne, la frégate russe Shtandart fait (de nouveau) des vagues, Le Télégramme, 28 août 2023
En septembre, le Shtandart fait escale aux Sables-d’Olonne, où son pavillon russe suscite des interrogations. Ouest-France rappelle que No Shtandart in Europe conteste l’accueil du navire au titre des sanctions internationales, tandis que son statut de bateau du patrimoine est présenté comme un argument en faveur de sa présence. Le 5 septembre Gianni Castillo sur la radio Hit West présente le collectif, expose ses objectifs et détaille sa méthode.
Sources : Aux Sables-d’Olonne, le pavillon russe du Shtandart surprend, Ouest-France, 5 septembre 2023 ; La Rochelle. Peut-on autoriser l'entrée du navire russe "Shtandart" dans les ports français ?, Hit West, 5 septembre 2023.
6. Premiers
contacts avec la Commission européenne
Le 11 mai 2023, Bernard Grua adresse un courrier à David O’Sullivan, envoyé spécial de l’Union européenne pour les sanctions, pour solliciter son intervention concernant ce qu’il décrit comme « le contournement des sanctions européennes » par le navire russe Shtandart. Le 28 juin, la Commission européenne lui répond qu’elle est en contact avec les autorités françaises au sujet de cette affaire.
Source : Réponse de la Commission européenne concernant le Shtandart et les sanctions, RELEX-SANCTIONS, 28 juin 2023
7. Bilan de
l’année 2023
En 2023, No Shtandart in Europe multiplie les démarches auprès des organisateurs d’événements maritimes, les interventions auprès des autorités, les mobilisations publiques et les échanges avec la presse pour contester les escales du Shtandart. Les réponses des organisateurs et des autorités françaises reposent notamment sur l’interprétation selon laquelle le navire, en tant que « réplique de navire historique » gérée par une « association à but non lucratif », ne relèverait pas des sanctions portuaires européennes. Malgré la médiatisation de la controverse et les premiers contacts avec la Commission européenne, les sources recensées pour 2023 ne rapportent aucune annulation d’escale ou de participation à un événement maritime attribuée aux démarches du collectif.
2024 — Le tournant
médiatique, juridique et institutionnel
En 2024, le dossier change d’échelle. Des enquêtes de presse remettent en question les justifications avancées pour accueillir le navire, plusieurs participations à des manifestations maritimes sont annulées et des autorités nationales interdisent ses escales. La décision du Conseil de l’Union européenne du 24 juin 2024, les arrêtés préfectoraux français et les décisions juridictionnelles donnent à cette évolution une dimension institutionnelle et juridique. Le porte-parole de No Shtandart in Europe, Bernard Grua, est également nommé dans la presse et directement mis en cause par le capitaine du navire.
1. Les
enquêtes de Ouest-France sur le Shtandart et Vladimir Martus
En mars 2024, Laetitia Jacq-Galdeano publie dans Ouest-France une série d’articles consacrés au Shtandart, à son capitaine Vladimir Martus et aux conditions dans lesquelles le navire continue d’être accueilli dans les ports français malgré les sanctions européennes. En s’appuyant notamment sur des sources russes, le quotidien confronte les arguments avancés pour justifier l’accueil du navire à des informations sur son exploitation et les activités de son capitaine.
Le 8 mars, Ouest-France présente la situation française comme une « exception » par rapport aux autres pays européens, selon les informations communiquées par No Shtandart in Europe. L’article rapporte les alertes du collectif sur la présence du navire, les liens présumés de son capitaine avec le Kremlin et la désactivation de son système d’identification automatique (AIS), qui le rend difficile à suivre lorsqu’il quitte La Rochelle, son port de base depuis 2022. Bernard Grua évoque également le risque que le navire puisse servir de « plateforme de renseignement ».
Source : Quel est ce navire russe qui s’amarre dans les ports français alors qu’il n’est pas le bienvenu ?, Ouest-France, 8 mars 2024
Le 9 mars, à la suite de l’annonce de la participation du Shtandart à la Fête des Vieux Gréements de Paimpol, prévue du 23 au 25 août, Ouest-France interroge Bernard Grua sur la légalité de cette présence. Le porte-parole de No Shtandart in Europe invoque l’article 3 sexies bis du règlement européen nº 833/2014, qui interdit l’accès aux ports de l’Union aux navires relevant de son champ d’application. La préfecture des Côtes-d’Armor défend une interprétation différente : selon elle, le Shtandart, « considéré comme un navire patrimonial et un navire-école, ne relèverait pas des catégories de navires visées par le règlement ».
Source : Pourquoi la venue de ce navire russe à la Fête des vieux gréements de Paimpol fait-elle parler ?, Ouest-France, 9 mars 2024
Le 29 mars, le quotidien publie deux articles qui approfondissent le dossier. Dans « Le navire russe Shtandart, autorisé à s’amarrer dans les ports de France, embarrasse ses protecteurs », il examine les arguments de Michel Balique, président de l’association des Amis des Grands Voiliers, selon lequel le Shtandart serait un navire associatif n’appartenant ni à l’État russe ni à un oligarque russe. Le journal identifie deux structures commerciales liées à son exploitation : Shtandart Project, entreprise basée à Saint-Pétersbourg et dirigée par Vladimir Martus, et Martus TV GmbH, inscrite au registre du commerce de Hambourg
Source : Le navire russe Shtandart, autorisé à s’amarrer dans les ports de France, embarrasse ses protecteurs, Ouest-France, 29 mars 2024
L’enquête documente également les liens du navire avec des institutions russes. Elle rapporte qu’en février 2022, l’ambassadeur russe en Grèce, Andreï Maslov, avait présenté le Shtandart comme un instrument diplomatique permettant de célébrer les relations entre la Grèce et la Russie. Elle rappelle aussi la participation du navire, en octobre 2021, à une expédition historique et pédagogique en mer Égée organisée par la Société russe de géographie, dirigée par Sergueï Choïgou, dont le conseil d’administration est présidé par Vladimir Poutine. Selon les informations rapportées par le quotidien, cette expédition avait bénéficié d’un financement du Fonds des subventions présidentielles russes.
Sources : Le navire russe Shtandart, autorisé à s’amarrer dans les ports de France, embarrasse ses protecteurs, Ouest-France, 29 mars 2024 ; Андрей Маслов: для антироссийской пропаганды почва в Греции не благоприятна - Афинский Курьер, Courrier d’Athènes, 18 février 2022 ; The Butterfly Effect: Why the Appearance of the Russian Sailing Frigate Excited Greece, Société russe de géographie, 1 novembre 2021
Dans le même article, Bernard Grua décrit le Shtandart comme un « outil phénoménal de propagande impérialiste russe » et dénonce les soutiens dont il bénéficie en France. Le journal rapporte par ailleurs la position du ministère français des Affaires étrangères. Dans un courriel rédigé à la demande de sa secrétaire générale, Anne-Marie Descôtes, le Quai d’Orsay estime que les sanctions européennes « pourraient s’appliquer à ce bâtiment », à moins qu’une exception ne soit décidée, et souligne que le profil du capitaine «ne semble pas justifier une telle dérogation ».
Source : Le navire russe Shtandart, autorisé à s’amarrer dans les ports de France, embarrasse ses protecteurs, Ouest-France, 29 mars 2024
Dans « Opposant ou propagandiste de Poutine, qui est le
capitaine du Shtandart invité en Bretagne ? », également publié le 29 mars,
Laetitia Jacq-Galdeano examine le récit selon lequel Vladimir Martus aurait quitté
la Russie pour des raisons politiques. En confrontant des articles de la
presse russe de 2009 et de 2020, le quotidien conclut que le différend à
l’origine du départ du navire vers la Norvège était administratif et non
politique. Il relève également que le Shtandart s’était présenté en
2020 comme susceptible de rentrer en Russie, au moment où se préparait
l’expédition de 2021 soutenue par la Société russe de géographie.
Sources : Opposant ou propagandiste de Poutine, qui est le capitaine du Shtandart invité en Bretagne ?, Ouest-France, 29 mars 2024 ; «Штандарт» поступает нестандартно, Komsomolskaïa Pravda, 4 novembre 2009 ; «Когда российский корабль не может зайти в Россию — это непорядок»: капитан «Штандарта» о пути домой длиной в 11 лет, Fontanka, 21 juillet 2020 ; Легендарный фрегат «Штандарт» может вернуться в Санкт-Петербург из изгнания, Komsomolskaïa Pravda, 20 juillet 2020 ;
En octobre 2024, Bernard Grua, présent en Ukraine, intervient également dans plusieurs médias nationaux ou régionaux sur les raisons de la campagne contre le Shtandart et sur l’influence russe en France. Il est notamment interviewé par l’Ukraine Crisis Media Center le 15 octobre et par Галичина TV (télévision de la Galice) le 10 octobre et Вежа (телеканал) (télévision et radio « Vezha ») le 11 octobre. Il donne par ailleurs des conférences à l’Université nationale subcarpatique Vassyl-Stefanyk, le 14 octobre, et à l’Université du Roi Daniel, le 18 octobre.
Sources : Que fait le "Shtandart" russe en France? - avec Bernard Grua, Ukraine Crisis Media Center, 15/10/2024 ; Російські впливи на політику і культуру сучасної Франції, Галичина TV, 10/10/2024 ; Бернар Груа - No Shtandart In Europe / Ні Штандарту у Європі, Вежа (телеканал), 11/10/2024 ; Conférence donnée par l'activiste français Bernard Grua aux étudiants du département de philologie française, Université nationale subcarpatique Vassyl-Stefanyk, 14/10/2024 ; Бесіда з проукраїнським активістом Бернардом Груа, Університет Короля Данила, 18/10/2024
2. Les
nouveaux blocages en Espagne
À la fin de février 2024, No Shtandart in Europe alerte les autorités, les médias et les associations ukrainiennes sur la venue prochaine du Shtandart en Espagne. Le 7 mars, le média Galicia Press rapporte ces avertissements concernant l’arrivée du navire dans des ports galiciens
Source : Activistas advierten que Shtandart, que arriba a puertos gallnegos, es “objetivo legítimo” para el ejército de Ucrania, Galicia Press, 7 mars 2024
Le 27 mars, Oksana Vovk Simon, présidente de l’association ukrainienne Kalyna de Castellón, explique dans Castellón Información les démarches qui ont conduit à l’interdiction de participation du Shtandart à la manifestation Escala a Castelló. Elle présente le navire comme un instrument de « propagande russe », rappelle ses liens documentés avec des institutions russes et invoque l’application des sanctions européennes ainsi que la désactivation de son AIS depuis juin 2022.
Source : "El Shtandart es una herramienta de propaganda rusa y tiene la entrada prohibida en cualquier puerto europeo", Castellón información, 27 mars 2024
Après l’annulation de sa participation à Castellón, le Shtandart prévoit une escale à Dénia du 5 au 8 avril 2024. Le média Marina Alta annonce finalement, le 6 avril, que le navire n’y accostera pas
Source : El vaixell rus Shtandart no atracarà a Dénia, Marina Alta, 6 avril 2024.
En juillet, l’association AGA-Ucraína alerte la capitainerie du port de Vigo sur l’arrivée du Shtandart, annoncé pour participer à la Iacobus Maris Experience à partir du 24 juillet. Elle invoque les sanctions européennes, la décision du Conseil du 24 juin 2024, le changement de pavillon du navire et ses « liens avec le régime russe ». Elle recommande également que l’ensemble des autorités portuaires espagnoles soient averties.
Source : A Ukrainian association denounces the arrival of the Russian frigate 'Shtandart' to the port of Vigo, Counting Stars, 22 juillet 2024
Le 24 juillet, les autorités espagnoles notifient au Shtandart une interdiction d’escale dans tous les ports espagnols. L’information, d’abord rapportée par Counting Stars, est reprise par RIA Novosti, Ukrinform et Radio Svoboda (RFE/RL), ainsi que par d’autres médias. Le capitaine Vladimir Martus attribue cette décision aux sanctions européennes et aux démarches des opposants au navire.
Source : Spain vetoes the Russian frigate 'Shtandart', which intended to reach Vigo, in all its ports, Counting Stars, 24 juillet 2024 ; Испания вслед за Францией отказала российскому фрегату в заходе в порт, RIA Novosti, 24 juillet 2024 ; Російський вітрильник «Штандарт» не пускають до портів Іспанії - капітан, Ukrinform, 24 juillet 2024 ; Российский парусный фрегат "Штандарт" не пустили в порты Испании, Radio Svoboda (RFE/RL), 24 juillet 2024
Le 27 juillet, le Shtandart est expulsé des eaux territoriales espagnoles après avoir mouillé sans autorisation dans la ria de Arosa. Selon El Mundo les autorités lui reprochent notamment ce mouillage non annoncé, la désactivation de son AIS et de sa radio ainsi que l’absence de réponse aux appels des services de sauvetage maritime
Source : Expulsan de aguas españolas a un velero ruso que fondeó en Galicia sin permiso, El Mundo, 27 juillet 2024.
Le 30 juillet 2024, en vue d’une longue navigation, un ravitaillement de quelques heures est autorisé dans le port de Cee (Galice espagnole). Selon The Moscow Times, le navire annonce en effet qu’il fera route vers Belfast (Irlande du Nord). Il rejoint en réalité La Rochelle, où il fait escale les 5 et 6 août. Cette arrivée est rapportée par Capital, dans un article reprenant une dépêche de l’AFP du 7 août, sous le titre « Le voilier russe Shtandart défie les sanctions et fait escale… à La Rochelle ».
Source : Spain Allows Russian Sailboat to Make Port Call Despite Sanctions, Moscow Times, 30 juillet 2024 Le voilier russe Shtandart défie les sanctions et fait escale… à La Rochelle, Capital / AFP, 7 août 2024
3.
Changement de pavillon et de propriétaire officiel
Le 23 avril 2024, Le Télégramme cite les services de l’État indiquant que le Shtandart n’est plus autorisé à faire escale en France, sauf changement de pavillon. Cette position interministérielle est rapportée alors que le navire est encore immatriculé en Russie.
Source : Vieux gréements : le voilier russe Shtandart interdit de séjour à Paimpol et en France, Le Télégramme, 23 avril 2024
Le paragraphe 2 de l’article 3 sexies bis du règlement nº 833/2014 prévoit toutefois que l’interdiction s’applique également aux navires qui ont changé leur pavillon russe ou leur numéro d’immatriculation russe pour ceux d’un autre État après le 24 février 2022.
Source : Règlement (UE) n ° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine, EUR-Lex
Le 6 juin 2024, le Shtandart passe sous pavillon des îles Cook. Son port d’attache devient Avarua, en remplacement de Saint-Pétersbourg, et Mariia Martus apparaît comme sa propriétaire officielle dans le registre maritime des îles Cook
Source : Cook Islands ships registry TS Shtandart, 24 juin 2024.
Ce changement de pavillon intervient dans un contexte où les autorités françaises et les organisateurs de manifestations maritimes doivent déterminer si le navire reste soumis aux sanctions européennes. Il ne met pas fin à la controverse juridique sur son accès aux ports.
4. La
clarification européenne du 24 juin 2024 et le contentieux français
Au printemps 2024, la contestation de l’accueil du Shtandart se manifeste également à Brest. Le 22 avril, Ouest-France annonce l’annulation de sa participation à la Fête des Vieux Gréements de Paimpol. Le 30 mai, la préfecture maritime indique que le navire, toujours sous pavillon russe, ne sera pas autorisé à faire escale à Brest les 1er et 2 juin.
Sources : En Bretagne, le navire russe « Shtandart » n’est plus le bienvenu à Paimpol, Ouest-France, 22 avril 2024 ; Attendu à Brest vendredi, le voilier russe Shtandart ne sera pas autorisé à faire escale, Le Télégramme, 30 mai 2024
L’association Iroise Ukraine organise une manifestation contre son arrivée, rapportée le lendemain par Le Télégramme. Le 3 juin, le député Jean-Charles Larsonneur publie dans Ouest-France une tribune intitulée « La France n’applique pas la règle européenne ».
Sources : À Brest, même en l’absence du Shtandart, ils se sont réunis contre la venue du voilier russe, Le Télégramme, 31 mai 2024 ; Le navire russe Shtandart à Brest ? « La France n’applique pas la règle européenne », Ouest-France, 3 juin 2024
Le 14 juin, le média ukrainien Farvater publie une enquête présentant le Shtandart comme un instrument de diffusion du « Russkyi Mir ». Il évoque la mobilisation de No Shtandart in Europe et de l’association Ukraine-Atlantique. L’article avance également diverses accusations concernant les conditions d’exploitation du navire qui ne sont pas toutes étayées par des sources citées.
Source : Скандал у Ла-Рошелі: російський фрегат “Штандарт” ігнорує європейські санкції та пропагандує “Руські” цінності, Farvater.ua, 14 juin 2024)
Le 24 juin 2024, le Conseil de l’Union européenne adopte la décision PESC 2024/1744 et le règlement 2024/1745. La décision confirme le traitement des répliques de navires historiques dans le dispositif d’interdiction d’accès aux ports. Son considérant 13 présente cette modification comme une précision du cadre existant. La portée de cette clarification devient alors centrale dans le différend sur le Shtandart.
Source : Décision (PESC) 2024/1744 du Conseil modifiant la décision 2014/512/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine, 24 juin 2024
Le 25 juin, Le Télégramme rapporte que le Secrétariat général de la mer considère que la nouvelle décision européenne ne change pas la situation du navire. Selon son service de communication, le Shtandart n’aurait été concerné ni par les précédents paquets de sanctions ni par celui adopté le 24 juin 2024. Le 25 juin, le quotidien indique que les organisateurs des Fêtes Maritimes de Brest confirment la participation du navire après son changement de pavillon. Bernard Grua conteste cette interprétation et affirme que le nouveau texte européen confirme l’interdiction de sa venue. Vladimir Martus accuse de son côté les opposants au navire de diffuser de « fausses informations » et des « mensonges » quant à ses liens avec le pouvoir russe et quant au régime des sanctions.
Sources : Les autorités françaises clarifient leur position au sujet du voilier russe Shtandart, Le Télégramme, 25 juin 2024 ; Fêtes maritimes de Brest : le trois-mâts russe le « Shtandart » continue à agiter la polémique, Le Télégramme, 25 juin 2024
Le 7 juillet, le préfet du Finistère prend un arrêté interdisant l’accès du Shtandart aux ports du département, en application du cadre européen. Cette décision entraîne l’annulation de sa participation aux Fêtes Maritimes de Brest.
Sources : Arrêté du préfet du Finistère, 7 juillet 2024; Communiqué de presse de la préfecture du Finistère, 7 juillet 2024 ; Fêtes maritimes de Brest 2024 : pourquoi le navire russe Shtandart est interdit d'accoster, France 3 / AFP, 8 juillet 2024
Le 9 juillet, Vladimir Martus, invoquant le fait que selon lui l’arrêté « n’est pas fait de manière légale », affirme qu'il tentera de rejoindre Brest avec son navire, comme l'annoncent, le 9 juillet, Ici (ex France bleu) et RFI.
Sources : Interdit d'accès dans les ports du Finistère, le navire russe Le Shtandart veut tenter d'entrer dans le port de Brest, Ici, 9 juillet 2024 ; Российскому паруснику «Штандарт» запретили швартоваться в порту Бреста, RFI, 9 juillet 2024
Le 10 juillet, Ukrinform affirme que l’association Iroise Ukraine, en collaboration avec No Shtandart in Europe, a obtenu l’interdiction de participation du Shtandart aux Fêtes Maritimes de Brest. Selon l’agence, Svitlana Jestin, présidente d’Iroise Ukraine, a rencontré Fortuné Pellicano, adjoint au maire de Brest et président des Fêtes maritimes, qui lui avait confirmé que le navire ne serait autorisé ni à accoster ni à participer à la manifestation conformément à l’arrêté préfectoral. Ukrinform fait également état du rassemblement organisé la veille, le 9 juillet, et de la présence de Bernard Grua, présenté comme « un militant engagé depuis plusieurs années contre la présence du navire et demandant l’application des sanctions européennes ». La dépêche est reprise par plusieurs médias ukrainiens.
Source : Russian ship denied entry to maritime festival in France, Ukrinform, 10 juillet 2024
Le 11 juillet 2024, le tribunal administratif de Rennes rejette la demande de référé du Shtandart contre l’arrêté préfectoral du 7 juillet. Le 12 juillet, la Commission européenne confirme à No Shtandart in Europe que le navire relève de l’interdiction portuaire européenne
Source : Ordonnance Nº 2403878 du tribunal administratif de Rennes, 11 juillet 2024 ; У Франції апеляційний суд підтвердив заборону російському кораблю заходити в порти Фіністера, Ukrinform, 12 juillet 2024 ; Courrier de la Commission européenne au collectif No Shtandart in Europe, 12 juillet 2024
Le 14 juillet, RIA Novosti publie les déclarations de Vladimir Martus, qui attribue à Bernard Grua un rôle déterminant dans la précision des dispositions européennes visant les répliques de navires historiques. Le capitaine présente le Shtandart comme une cible des militants pro-ukrainiens et impute à leur mobilisation la modification du régime européen. L’article est largement repris par des médias russes.
Source : Фрегат "Штандарт" стал мишенью проукраинских активистов в ЕС, RIA Novosti, 14 juillet 2024
Le 17 juillet, Ouest-France revient sur la confrontation, au cours d’une réunion publique, entre Vladimir Martus et ses opposants pendant les Fêtes Maritimes de Brest. Le capitaine accuse Bernard Grua d’avoir joué un rôle déterminant dans l’évolution de la réglementation européenne, qu’il qualifie de « décision injuste de l’Europe » et décrit comme le résultat d’une « opération de lobbying ». Bernard Grua défend l’application des sanctions, tandis que Svitlana Jestin, présidente de l’association Iroise Ukraine, appelle Martus à respecter l’interdiction. Le journal rapporte également l’intention du capitaine de poursuivre ses recours et son estimation à 45 000 euros du manque à gagner lié à l’absence du navire aux festivités.
Source : « Une décision injuste de l’Europe ! » À Brest, le capitaine du navire russe banni à l’offensive, Ouest-France, 17 juillet 2024
Le 18 novembre 2024, le Conseil d’État rejette le recours contre l’arrêté du préfet du Finistère. Cette décision met fin à la procédure d’urgence engagée contre l’arrêté préfectoral. France 3, dans un article reprenant une dépêche de l’AFP, le 27 novembre, revient sur le rejet du recours.
Sources : Arrêt Nº 496439 du Conseil d'État, 18 novembre 2024 ; Refoulé des fêtes maritimes de Brest, le navire "Shtandart", accusé de servir la propagande russe, échoue sur les rochers du Conseil d'Etat, France 3 / AFP, 27 novembre 2024
5.
L’extension des interdictions aux autres ports français
L’agence TASS s’appuyant sur une communication de Vladimir Martus annonce que le Shtandart, arrivant d’Espagne, va accoster à La Rochelle. Il y fait effectivement escale les 5 et 6 août 2024. Dans le même temps, le média russe, Spb Dnevnik, titre : « Le voilier russe Shtandart tentera à nouveau de violer les sanctions européennes ». Son confrère, Komsomolskaïa Pravda, titre de son côté : « Le voilier russe Shtandart va tenter pour la troisième fois de violer les sanctions européennes. »
Sources : Российскому паруснику "Штандарт" разрешили заход в порт Франции,TASS, 5 août 2024; Российский парусник «Штандарт» попытается вновь нарушить европейские санкции, Spb Dnevnik, 6 août 2024; Российский парусник «Штандарт» сделает третью попытку нарушить европейские санкции, Komsomolskaïa Pravda, 6 août 2024 ; Le voilier russe Shtandart défie les sanctions et fait escale… à La Rochelle, Capital / AFP, 7 août 2024
Après l’escale de La Rochelle, les préfets de la Manche et d’Ille-et-Vilaine prennent à leur tour des arrêtés interdisant l’accès du Shtandart aux ports de leurs départements.
Le 14 août 2024, le préfet de la Manche interdit au navire
l’accès aux ports du département. Sa participation au Festival des Voiles de
Travail de Granville est annulée. La décision est rapportée par l’AFP
et reprise notamment par France 3 et l’agence de presse polonaise Polska Agencja Prasowa (PAP).
Sources : Rosyjski żaglowiec Sztandart niewpuszczony do portu Granville, Polska Agencja Prasowa / AFP, 14 août 2024 ; Après avoir été banni des fêtes maritimes de Brest, le navire russe Shtandart interdit d'accoster dans la Manche, France 3 / AFP, 14 août 2024
Le 23 août, le Shtandart tente un accostage non annoncé à Cancale. Le préfet d’Ille-et-Vilaine prend en urgence un arrêté lui interdisant l’accès aux ports du département. Le Télégramme rapporte cette nouvelle interdiction le 26 août.
Source : À Cancale, le bateau russe Shtandart de nouveau interdit de port, Le Télégramme, 26 août 2024
Le 28 août, le navire est autorisé à effectuer une escale de ravitaillement de quelques heures à Port-Haliguen, Quiberon. France 3 précise que cette autorisation ponctuelle intervient alors que le Shtandart est désormais interdit d’accès à plusieurs ports européens.
Source : Le navire russe Shtandart, banni des ports européens, autorisé à accoster à Quiberon, France 3 / AFP, 28 août 2024
Le 14 septembre, dans un documentaire diffusé par France 3, Michel Balique, président de l’association Amis des Grands Voiliers, estime que le Shtandart ne serait « pas concerné par les restrictions visant les répliques historiques », au motif que « l’interdiction viserait les navires dont les activités commerciales génèrent des revenus pour la Russie ». Cette interprétation contraste avec celle retenue par les autorités françaises dans les arrêtés pris en juillet et en août.
Source : Interdit d'accoster : l'incroyable odyssée du bateau "Shtandart" et de son capitaine russe à découvrir dans un documentaire, France 3, 14 septembre 2024
6. Les
accusations et procédures visant Bernard Grua
La campagne contre le Shtandart s’accompagne de mises en cause personnelles de Bernard Grua, porte-parole du collectif No Shtandart in Europe. En septembre 2024, Sud Ouest rapporte que le capitaine Vladimir Martus accuse les opposants au navire de « harceler » celui-ci et son équipage. Il évoque également des menaces, notamment des menaces de cocktails Molotov, et décrit les démarches entreprises depuis deux ans par Bernard Grua auprès des autorités et lors des escales annoncées. Ces déclarations sont rapportées comme celles de Vladimir Martus.
Source : Bannie des ports français, « la frégate russe « Shtandart » pourrait devenir un danger pour son équipage », Sud Ouest, 6 septembre 2024
Le 31 octobre 2024, l’avocat Thierry Clerc adresse à Bernard Grua, au nom de Vladimir Martus, de Mariia Martus, du Shtandart et de la société Martus TV GmbH, une mise en demeure portant notamment sur l’utilisation du nom « Shtandart ». Le courrier demande de cesser toutes utilisations de cette dénomination, de modifier des titres, articles et liens, et de supprimer des mots-clés et hashtags. Il conteste également les affirmations de Bernard Grua relatives aux liens du navire avec le pouvoir russe et à l’application des sanctions européennes, et lui demande de cesser ce que les auteurs qualifient de « diffamation » ou « d’injures », sous peine de poursuites judiciaires.
Source : Mise en demeure de Bernard Grua par Me Thierry Clerc pour le compte de Vladimir Martus, Clerc Avocats, 31 octobre 2024
Le 23 novembre 2024, Vladimir Martus fait enregistrer une main courante auprès du commissariat de La Rochelle pour des faits qu’il qualifie de « harcèlement en ligne (cyberharcèlement) ». Le document indique qu’il ne souhaite pas porter plainte à cette occasion.
Source : Main courante contre Bernard Grua et le collectif No Shtandart in Europe, Vladimir Martus, 23 novembre 2024
Le 9 décembre 2024, Vladimir Martus dépose une plainte auprès du procureur du tribunal judiciaire de Nantes contre Bernard Grua, présenté comme le créateur du collectif No Shtandart in Europe. La plainte invoque notamment des faits qualifiés de « diffamation », d’ « incitation à la violence » et de « menaces », et reproche à Bernard Grua d’avoir diffusé la mise en demeure du 31 octobre. Ouest-France mentionne cette plainte dans une enquête publiée le 23 mai 2025, qui distingue cette procédure pénale du contentieux administratif engagé par Vladimir Martus contre l’arrêté préfectoral interdisant l’accès du navire aux ports du Finistère.
Source : Dépôt de plainte contre Bernard Grua créateur du groupe No Shtandart in Europe, Vladimir Martus, 9 décembre 2024 ; ENQUÊTE. Le navire russe « Shtandart » mène la guerre de Poutine jusque dans le golfe du Morbihan Ouest-France, 23/05/2025
Ces démarches portent sur les publications et les actions du porte-parole du collectif. Les accusations formulées par Vladimir Martus et ses représentants doivent être distinguées des faits judiciairement établis. Aucun élément public disponible ne permet d'établir que ces mises en cause aient donné lieu à une décision judiciaire sur le fond ou à des poursuites publiques connues.
7. Bilan de
l’année 2024
L’année 2024 marque une rupture avec la situation de 2023. Les enquêtes de Ouest-France remettent en question les justifications avancées pour accueillir le Shtandart, notamment le « caractère associatif » du navire et le récit d’un ‘exil politique » de son capitaine. Les démarches de No Shtandart in Europe et d’associations ukrainiennes sont rapportées par la presse espagnole, française, polonaise, russe et ukrainienne, tandis que Bernard Grua est nommé dans plusieurs articles et directement mis en cause par Vladimir Martus.
Au cours de l’année, la participation du Shtandart est annulée ou empêchée à Escala a Castelló, aux Fêtes maritimes de Brest, à la Iacobus Maris Experience de Vigo, au Festival des Voiles de Camaret, à la Fête des Vieux Gréements de Paimpol et au Festival des Voiles de Travail de Granville.
Le navire doit également renoncer à ses escales prévues à Dénia, Brest et Cancale.
À partir du début de juillet 2024 il ne participe plus à aucun festival maritime jusqu'à la fin de l’année. Sur cette même période, les escales signalées sont limitées à Cee, en Espagne, à La Rochelle et à Quiberon, dans le cadre d’autorisations ponctuelles.
La séquence de 2024 combine ainsi trois évolutions : une
enquête journalistique approfondie sur le navire et son capitaine, une
série d’annulations et d’interdictions concrètes dans plusieurs pays
européens, puis des décisions administratives et judiciaires françaises
qui consolident l’interdiction d’accès aux ports du Finistère et de la Manche.
Elle marque le passage d’une campagne d’alerte et de mobilisation à un contentieux
administratif et judiciaire portant sur l’application des sanctions
européennes au Shtandart.
2025 — La Rochelle
et le golfe du Morbihan, des exceptions européennes
En 2025, la campagne de No Shtandart in Europe prend une dimension plus internationale. Tandis que des ports du Royaume-Uni, de Norvège, du Danemark, d’Espagne et du Portugal refusent l’accès au Shtandart, le navire continue de fréquenter certains ports français. La Semaine du Golfe du Morbihan et les escales de La Rochelle illustrent cette divergence d’application des sanctions.
1.
Reconnaissance de Boutcha et controverse autour de la Semaine du Golfe
Le 1er mai 2025, le maire adjoint de Boutcha, Dmytro Cheychuk, adresse, au nom des organes exécutifs du conseil municipal, une lettre de remerciement aux associations franco-ukrainiennes. Elle salue leur soutien à l’Ukraine et les démarches visant à dénoncer la présence du Shtandart au large des côtes françaises. Le courrier cite explicitement Bernard Grua et d’autres activistes engagés pour « la justice » et « les valeurs européennes ». Cette reconnaissance intervient dans le contexte des sanctions portuaires adoptées par l’Union européenne après les exactions commises à Boutcha et ailleurs en Ukraine, mentionnées dans le communiqué du Conseil de l’UE du 8 avril 2022.
Sources : Courrier de remerciement, municipalité de Boutcha, 01/05/2025 ; L’UE adopte une cinquième série de sanctions contre la Russie en raison de son agression militaire contre l’Ukraine, Consilium Europa, 8 avril 2022
Le 2 mai, France 3 Bretagne rapporte que No Shtandart in Europe a saisi le préfet du Morbihan pour s’opposer à la venue annoncée du Shtandart à la Semaine du Golfe, prévue du 26 mai au 1er juin 2025. Le collectif rappelle les interdictions déjà prises dans le Finistère, la Manche et l’Ille-et-Vilaine. Thierry Verneuil, président du directoire de l’événement, se déclare favorable à la venue du navire, tout en précisant qu’il n’a été officiellement invité ni qu’un mouillage lui a été réservé. Thierry Verneuil qualifie la mobilisation de « harcèlement » et d’« acharnement ». Vladimir Martus conteste pour sa part la représentativité du collectif, affirmant qu’il n'est constitué que d'un seul homme, Bernard Grua.
Source : "On serait ravi de l'accueillir". Le bateau russe Shtandart pourra-t-il participer à la Semaine du Golfe, France 3, 02/05/2025.
Le 5 mai, Ukrinform rapporte que le Shtandart a fait demi-tour sans accoster au Havre, après que No Shtandart in Europe eut écrit au préfet de la Seine-Maritime et à la direction du port pour demander l’application des sanctions européennes. Dans un autre article publié le même jour, l’agence ukrainienne rend compte des démarches du collectif contre les escales françaises, notamment auprès du préfet du Morbihan et de l’organisateur de la Semaine du Golfe. Elle mentionne qu’un appel adressé à Gabriel Attal, alors président du groupe d’amitié France-Ukraine à l’Assemblée nationale, aurait recueilli environ 60 signatures d’organisations françaises, espagnoles et ukrainiennes.
Sources : Французькі активісти хочуть назавжди вигнати з країни російський вітрильник «Штандарт», Ukrinform, 05/05/2025; Le trois-mâts russe « Shtandart » n’a pas pu accoster au port du Havre, Ukrinform, 05/05/2025
Dans sa nouvelle enquête du 23 mai 2025, Laetitia Jacq-Galdeano du quotidien Ouest-France replace la controverse dans la continuité des événements de 2024 : recours administratifs, manifestations, escales françaises et mobilisation des soutiens du navire. L’article identifie No Shtandart in Europe comme un collectif de lanceurs d’alerte mobilisé depuis 2022 pour obtenir l’application des sanctions au Shtandart. Il revient sur les recours de Vladimir Martus contre l’arrêté préfectoral du Finistère en 2024, rejeté en référé puis par le Conseil d’État en novembre de la même année. L’analyse examine aussi la communication des médias russes autour du capitaine, les interrogations sur les activités du navire ainsi que la plainte visant Bernard Grua.
Source : ENQUÊTE. Le navire russe « Shtandart » mène la guerre de Poutine jusque dans le golfe du Morbihan Ouest-France, 23/05/2025
2. Refus
d’accès au Royaume-Uni, en Norvège et au Danemark
Pour l’été 2025, le Shtandart envisage un large programme de croisière internationale en parallèle avec la participation aux Tall Ships Races.
Source : Summer sailing plan, Shtandart.eu, 12/06/2025
Le 25 mars 2025, Vanessa Mori, directrice générale adjointe de Sail Training International, demande aux ports étapes des Tall Ships Races d’accueillir le Shtandart. Le 15 juillet, l’organisation annonce toutefois l’annulation de sa participation à l’édition 2025, après avoir reçu des notifications des ports d’Aberdeen, au Royaume-Uni, de Kristiansand, en Norvège, et d’Esbjerg, au Danemark, indiquant que l’accès du Shtandart à leurs ports leur avait été refusé au titre des législations applicables. Le consulat général de Russie à Édimbourg dénonce ensuite l’ « absurdité » d’une mesure « illégitime » qu’il qualifie de « russophobie » et de « cancel culture »
Sources : Courrier de Vanessa Mori aux ports étapes des Tall Ships Races, Sail Training International, 25/03/2025 ; Statement regarding Shtandart’s participation In The Tall Ships Races 2025, Sail Training International, 15/07/2025 ; Russia’s Consulate General slams banning frigate Shtandart from entering Scottish harbor, TASS, 18/07/2025.
Le 20 juin, Ukrinform rapporte que les autorités d’Ille-et-Vilaine ont confirmé à Bernard Grua que le Shtandart ne serait admis ni à Saint-Malo ni dans les autres ports du département. Le 26 juin, le Jersey Evening Post annonce que Ports of Jersey a également refusé une demande de visite. Le 2 juillet, le navire mouille au large de Saint-Cast-le-Guildo sans entrer dans le port. Le Petit Bleu des Côtes d'Armor rappelle que l’arrêté préfectoral du 23 août 2024 lui interdit l’accès aux ports français et rapporte la position d’un porte-parole de la préfecture maritime selon laquelle le changement de pavillon ne suffit pas à soustraire le navire aux restrictions.
Sources : Russian ship Shtandart banned from several French ports – activist, Ukrinform, 20/06/2025 ; Replica Russian frigate « caught in the storm of today’s geopolitics” denied entry to Jersey, Jersey Evening Post, 26/06/2025 ; Côtes-d’Armor : Une frégate russe, interdite d’accoster en France, aperçue dans une baie, Le Petit Bleu des Côtes d'Armor, 3 juillet 2025
En Irlande, le Shtandart mouille dans la baie de Killiney, près de Dublin, au début de juillet. L’ambassade d’Ukraine et l’association Ukrainian Action in Ireland alertent les autorités. Le ministère irlandais des Transports rappelle aux ports de Dublin et de Rosslare leurs obligations au titre du règlement européen n 833/2014. Le 9 juillet, The Journal rapporte que le navire a quitté les eaux irlandaises après un arrêt non programmé d’environ quatre heures à Clogherhead, où des membres de la police irlandaise, la Gardaí, l’ont visité. Le gouvernement confirme qu’aucune autorisation d’accostage ni dérogation n’avait été accordée.
Sources : Courrier de l'ambassade d’Ukraine en Irlande aux autorités portuaires, 06/07/2025 ; Controversial replica of Peter the Great flagship anchors off Dublin coast, RTÉ, 07/07/2025 ; TD calls for 'Russian' replica sailing ship to be removed from Irish waters off, Dublin, TheJournal.ie, 08/07/2025 ; Controversial 'Russian' replica sailing ship leaves Irish waters (but not before garda visit, TheJournal.ie, 09/07/2025 ; Російський «вітрильник Пєтра Пєрвого» без дозволу зайшов у порт Ірландії, Ukrainian Shipping Magazine, 14/07/2025
Le Shtandart est également refoulé alors qu’il tente d’accoster ou de mouiller près de Scapa Pier, dans les Orcades, le 15 juillet. Les 18 juillet et 15 août, le ministère britannique des Transports répond à des courriers de Bernard Grua en rappelant que les autorités portuaires doivent refuser l’accès lorsqu’elles savent ou ont des motifs raisonnables de soupçonner qu’un navire relève des sanctions applicables.
Sources : Ship banned from Tall Ships Race due to Russian sanctions turned away at Orkney,The Scotsman, 17/07/2025 Letter from UK Department for Transport to Bernard Grua, 18 juillet 2025 Letter from UK Department for Transport to Bernard Grua, 15 août 2025
En août, les médias danois TV Syd TV Midtvest révèlent que le Shtandart, AIS déconnecté, a séjourné plusieurs jours à Hvide Sande, à la fin de juillet, alors qu’il avait été exclu des Tall Ships Races. Le port indique ne pas avoir eu connaissance de la situation du navire au regard des sanctions. Selon TV Syd, Vladimir Martus a d’abord nié cette escale avant de la reconnaître après la diffusion d’images prises par des touristes à Hvide Sande. D’après le journaliste, il explique avoir « menti » car il craignait que Bernard Grua, ce « Français répugnant » selon ses propos, n’alerte les autorités. Les médias rapportent également l’ouverture, le 14 août, d’une enquête policière sur l’escale, sans faire état d’une conclusion établissant une activité d’espionnage
Sources : Formodet russisk spionskib lå flere dage i dansk havn: Kaptajn Vladimir hemmeligholdt besøget, tvSyd, 07/08/2025; Propaganda i szpiegostwo. Tak rosyjska fregata omija sankcje, TVP Info, 08/08/2025 ; tvSyd opsporede mystisk russisk skib og dets kaptajn: Nu går politiet ind i sagen, tvSyd, 14/08/2025
Le 10 décembre, Visegrad 24 publie une ferme critique de la campagne de Bernard Grua. Alexander Francis Shaw accuse le porte-parole de No Shtandart in Europe d’avoir semé la confusion auprès des autorités britanniques et attribue à ses démarches un rôle dans l’exclusion du Shtandart d’Aberdeen et la diffusion de cette décision à d’autres ports. Cet article présente ainsi une lecture opposée de la campagne et de ses effets.
Sources : How a Replica Russian Warship Exposed UK Border Chaos, Visegrad 24, 10/12/2025
3.
Confirmation de la Commission européenne et ordonnance du Tribunal de l’Union
européenne
Le 7 août 2025, la Commission européenne confirme une nouvelle fois au collectif que les sanctions portuaires s’appliquent au Shtandart. Cette correspondance intervient alors que le navire a déjà été exclu des Tall Ships Races et que des autorités de plusieurs pays ont refusé de l’accueillir.
Source : Courrier de la Commission européenne à No Shtandart in Europe, DG Fisma/Unité sanctions, 07/08/2025
Le 22 août, le Tribunal de l’Union européenne rend son ordonnance dans l’affaire T‑446/24. Il considère que, même si la modification du 24 juin 2024 était annulée, le Shtandart resterait soumis à l’interdiction portuaire préexistante, en vigueur depuis le 16 avril 2022. Les requérants ne justifient donc pas d’un intérêt à agir. Le 6 septembre, Ukrinform publie un entretien avec Bernard Grua à la suite de cette décision. L’article revient sur les escales françaises de 2025, la mobilisation des associations ukrainiennes et les divergences d’interprétation entre les autorités françaises et les défenseurs de l’application des sanctions.
Sources : Рішення суду ЄС щодо судна «Штандарт» стало переможним епізодом у боротьбі із впливом РФ у Франції - активіст, Ukrinform, 6 septembre 2025 ; Ordonnance du tribunal de l’Union européenne, affaire T-446/24, 22 août 2025
Le 17 septembre, Sud Ouest rapporte que le Shtandart est de nouveau autorisé à faire escale à La Rochelle, malgré les sanctions européennes. La préfecture de la Charente-Maritime pour justifier cette autorisation invoque « la primauté du droit international de la mer sur le droit européen ». Le journal rappelle le rôle de No Shtandart in Europe dans la contestation de ces escales. Le navire quitte La Rochelle le même jour, en direction de Tanger. Il s’agit de sa dernière présence connue dans un port français.
Source : La Rochelle : le « Shtandart » encore autorisé à faire escale, en dépit de l’interdiction des navires d’origine russe, Sud-Ouest, 17/09/2025
4. Espagne
et Portugal : les refus d’accès après l’ordonnance
Après son départ de La Rochelle, le Shtandart se dirige vers la péninsule Ibérique. Le 20 septembre 2025, le Faro de Vigo signale sa présence dans les eaux territoriales espagnoles, au nord-ouest du cap Vilán, en Galice. Le journal cite No Shtandart in Europe, qui avertit qu’une demande d’escale non déclarée ou fondée sur des « motifs humanitaires » ne peut être exclue. Le lendemain, Galicia Press rapporte les préoccupations du collectif concernant l’application des sanctions et les explications de Vladimir Martus, qui nie tout lien avec le gouvernement russe.
Sources : La fragata rusa «Shtandart», vetada por Bruselas, irrumpe en aguas gallegas, Faro de Vigo, 20/09/2025 ; Polémica por el paso de la fragata rusa Shtandart por aguas territoriales gallegas, Galicia Press, 21/09/2025
Le 22 septembre, le Faro de Vigo rapporte qu’un patrouilleur portugais a navigué parallèlement au Shtandart au large de l’embouchure du Douro. Le même jour, le Congrès mondial ukrainien relaie l’appel de Pavlo Sadokha, président de l’Associação de Ucrânianos em Portugal, à se mobiliser et à signaler toute tentative d’accès du navire aux ports portugais.
Sources : Una patrullera lusa escolta a la fragata rusa «Shtandart» para evitar su escala en Leixões, Faro de Vigo, 22/09/2025 ; Ukrainians urged to be vigilant as Russian frigate heads toward Portugal, Ukrainian World Congress, 22 septembre 2025
Le 24 septembre, l’agence Lusa signale que l’Autorité maritime nationale portugaise, en coordination avec la Marine, a refusé au Shtandart l’accès aux ports du Douro et de Cascais, conformément aux sanctions européennes. Après avoir vérifié l’absence de panne du système de propulsion ou de gouverne et le bon état de santé de l’équipage, les autorités maintiennent le navire hors des eaux territoriales et sous surveillance. Le 26 septembre, Ukrainian Shipping Magazine rapporte l’interception de cinq membres de l’équipage qui tentaient de rejoindre le navire depuis la côte de Sagres à bord d’une annexe à moteur.
Sources : Portugal nega acesso de veleiro russo aos portos nacionais, Notícias ao Minuto, 24/09/2025 ; У Португалії затримали екіпаж підсанкційного російського судна «Штандарт», Ukrainian Shipping Magazine, 26/09/2025
Le 22 janvier 2026, le Bureau de planification, stratégie, évaluation et relations internationales du Ministère des Finances du Portugal (GPEARI - DMSPL) remercie No Shtandart in Europe de lui avoir transmis le document interne du Shtandart détaillant ses différentes tentatives visant à contourner l’interdiction d’accès aux ports du pays.
Source : Courrier à l’attention de No Shtandart in Europe, GPEARI - DMSPL, 22/01/2026
Cette séquence espagnole et portugaise intervient après l’ordonnance du 22 août et contraste avec la persistance d’escales françaises, notamment à La Rochelle. Elle donne à voir des réponses nationales différentes à une même question d’application des sanctions européennes.
5. Analyses
géopolitiques, procédure européenne et projet Kombat-Tour
Le 28 septembre 2025, le think-tank Desk-Russie publie une investigation de No Shtandart in Europe consacrée au Shtandart et à La Rochelle, sous le titre : « Quand le navire russe Shtandart et La Rochelle défient les sanctions européennes ». Le 27 décembre, Mind.ua rapporte que No Shtandart in Europe a adressé à la Commission européenne une notification préalable au titre de l’article 258 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, portant sur le manquement allégué de la France à assurer l’application effective des mesures restrictives concernant le navire. L’article oppose les escales françaises aux refus d’accès rapportés en Espagne, en Irlande et au Portugal.
Sources : Quand le navire russe Shtandart et La Rochelle défient les sanctions européennes, Desk-Russie, 28 septembre 2025 ; Активісти у Франції звернулися до Єврокомісії стосовно російського корабля «Штандарт», який ігнорує санкції ЄС, Mind UA, 27 décembre 2025
Le 25 novembre, le site de géopolitique Diploweb fait paraître une analyse du collectif No Shtandart in Europe intitulée : « Russie. Du soft power à la guerre hybride. Etude de cas d’une influence russe en Europe : le Shtandart ». Le même jour, Le Télégramme annonce qu’une agence de voyages russe, Kombat-Tour, propose une croisière commerciale à bord du Shtandart le long des côtes bretonnes, du 21 au 30 juin 2026. Le Parisien, le 30 novembre, détaille l’itinéraire annoncé qu'il qualifie de « croisière pirate » et rapporte les déclarations de Vladimir Martus ainsi que les critiques du collectif. Le 2 décembre, TF1 présente le collectif comme un groupe international de lanceurs d’alerte mobilisé pour l’application des sanctions européennes.
Sources : Russie. Du soft power à la guerre hybride. Etude de cas d’une influence russe en Europe : le Shtandart, Diploweb, 25 novembre 2025 ; Une agence de voyages russe organise une croisière autour de la Bretagne à bord du Shtandart… interdit d’accès aux ports européens, Le Télégramme, 25/11/2025 ; L’étrange croisière pirate en Bretagne du Shtandart, la frégate « russe » bannie en Europe, Le Parisien,30/11/2025 ; Le point K : Ce bateau russe qui inquiète les Bretons, TF1 info, 02/12/2025
Le 29 décembre, Moldova News analyse l’affaire comme un test de l’application des sanctions européennes contre la Russie. L’article mentionne No Shtandart in Europe et Bernard Grua, et oppose la situation française aux refus d’accès rapportés dans plusieurs autres pays européens.
Source : „Shtandart” ca hârtie de turnesol a sancțiunilor: de ce o singură navă rusă scoate la iveală punctele slabe ale Europei, Moldova News, 29/12/2025
À la fin de 2025, le bilan fait donc apparaître une situation
contrastée : le Shtandart est exclu des Tall Ships Races et se
heurte à des refus d’accès dans plusieurs pays européens, mais il fait encore
escale à La Rochelle et sa participation à la Semaine du Golfe 2025 a
suscité une controverse. La confirmation de la Commission européenne,
l’ordonnance du Tribunal de l’Union européenne et la notification préalable
adressée au titre de l’article 258 TFUE donnent au dossier une dimension
juridique et institutionnelle qui dépasse la seule succession des escales.
2026 — Vers une
application effective et coordonnée des sanctions européennes
1. De la
gestion locale à un cadre national d’interdiction
Le 7 janvier 2026, Sud Ouest rapporte les déclarations de Patrice Bernier, maître principal du port de plaisance de La Rochelle, sur la procédure suivie localement pour les demandes d’escale du Shtandart. Selon lui, le capitaine adresse un courriel au responsable du port, qui transmet la demande au préfet. Celui-ci peut ensuite solliciter le Secrétariat général de la mer pour obtenir une réponse au niveau national. Cette procédure illustre un des traitements administratifs des demandes d’escale avant l’adoption d’un cadre commun aux trois façades maritimes françaises.
Source : « Il a menacé de donner mon adresse à des mercenaires » : un ancien bénévole du « Shtandart » convoqué devant la justice, Sud Ouest, 7 janvier 2026.
2. L’arrêté
interpréfectoral du 5 mars 2026
Le 5 mars 2026, les trois préfets maritimes de la Manche et de la mer du Nord, de l’Atlantique et de la Méditerranée signent un arrêté réglementant la navigation du Shtandart dans les eaux françaises. Cette décision intervient dans le contexte du projet de croisière commerciale organisé par l’agence russe Kombat Tour.
L’arrêté interdit l’accès du navire aux ports français et aux eaux intérieures. Dans la mer territoriale, sa navigation est limitée au passage inoffensif, selon un transit continu, direct et sans arrêt ni escale. Les dispositions s’appliquent également aux embarcations annexes du navire. Les exceptions prévues par le droit applicable en matière de sécurité et de sauvegarde de la vie humaine en mer restent possibles. Lorsque les circonstances à l’origine d’une telle situation étaient prévisibles, elles peuvent donner lieu à une enquête et à des poursuites judiciaires. L’arrêté substitue ainsi un cadre commun aux décisions locales au cas par cas qui avaient marqué les années précédentes.
Source : Arrêté interpréfectoral réglementant la navigation du navire TS Shtandart dans la mer territoriale et les eaux intérieures françaises, préfectures maritimes de la Manche et de la mer du Nord, de l’Atlantique et de la Méditerranée, 5 mars 2026
Le 11 mars, Ouest-France présente l’interdiction de ce qui avait permis au Shtandart de continuer à faire escale en France. Le journal rappelle que sept autres pays européens — l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark, la Belgique, l’Espagne et le Portugal — lui avaient refusé l’accès à leurs ports en 2025.
L’article rapproche la décision française du projet de croisière bretonne annoncé pour juin 2026 par Kombat Tour. Il mentionne aussi des survols par drone de l’Île Longue, base de la force océanique stratégique en novembre et décembre 2025, dont les acteurs ne sont pas connus publiquement. Il rappelle néanmoins que l’agence Kombat-Tour se prévaut d’un épisode survenu en 2018, au cours duquel l’un de ses membres a posé un drone sur la base navale de Brest avant de le récupérer sans sa carte mémoire, après avoir reçu deux avertissements pour infraction à la loi.
L’ancien député Jean-Charles Larsonneur salue l’interdiction, tout en regrettant qu’elle intervienne plus de quatre ans après le début de la guerre et qu’elle émane des préfets maritimes plutôt que du Secrétariat général de la mer. L’article rapporte également les remerciements de l’Union des Ukrainiens de France aux trois préfets maritimes pour la solidité juridique de leur décision, au nom notamment d’Iroise-Ukraine, des sympathisants de No Shtandart in Europe et d’amis français de l’Ukraine. L’avocat de Vladimir Martus conteste l’arrêté et annonce qu’une demande de suspension pourrait être déposée.
Source : Trois mois après le survol de l’Île Longue par des drones, le navire russe Shtandart interdit dans les eaux françaises, Ouest-France, 11 mars 2026.
Le 12 mars, France 3 Bretagne rend compte des réactions à l’arrêté. Bernard Grua, porte-parole de No Shtandart in Europe, estime que le navire cherchait à « tester la résilience des sanctions européennes » en s’imposant dans les ports. Christophe Galès, coprésident d’Iroise-Ukraine à Brest, salue une « excellente nouvelle », critique la « complaisance antérieure » de certains acteurs et décrit le navire comme un « symbole de l’impérialisme russe ». Il rappelle les pressions exercées sur les villes qui l’accueillaient. Thierry Verneuil, président du directoire de la Semaine du Golfe, regrette pour sa part ce qu’il qualifie d’« acharnement » contre le navire et son équipage et souhaite pouvoir l’accueillir de nouveau lors d’une prochaine édition.
Source : « Il testait la résilience des sanctions européennes. » Le navire russe « Shtandart », sous pavillon des Îles Cook, définitivement banni des ports français, France 3 Bretagne, 12 mars 2026.
Le 2 avril, Le Télégramme revient sur l’arrêté dans un article de Paul Bohec. Bernard Grua le qualifie d’« arrêté extraordinaire », « signé par douze étoiles », et résume ainsi la différence entre la France et les autres pays européens : « Le Shtandart était une affaire française qui a duré près de quatre ans. Partout ailleurs en Europe, c’était réglé en quinze jours. » Il salue le rôle de la mobilisation des associations ukrainiennes à travers l’Europe dans l’aboutissement de la campagne.
Bernard Grua considère le projet de croisière commerciale de Kombat Tour, qui prévoyait notamment une escale à Camaret-sur-Mer, comme une « ultime provocation ». La préfecture maritime de l’Atlantique explique que l’arrêté harmonise l’application des mesures européennes sur l’ensemble du littoral français et clarifie notamment leur portée pour les embarcations annexes.
Source : « Un arrêté extraordinaire » : pourquoi le Shtandart a été interdit des eaux françaises par les trois préfectures maritimes ?, Le Télégramme, 2 avril 2026.
De plus, le 28 mai 2026, le tribunal administratif de Rennes rejette au fond le recours de Martus TV GmbH, Mariia Martus et Vladimir Martus contre l’arrêté du préfet du Finistère du 7 juillet 2024, qui interdisait l’accès et l’accostage du Shtandart dans les ports du département. Cette procédure fait suite au référé du 11 juillet 2024 et à la décision du Conseil d’État du 18 novembre 2024.
Source : Décision relative à l’arrêté du préfet du Finistère, Tribunal administratif de Rennes, 28 mai 2026
3. Refus
d’escale en Italie et surveillance au large de la Corse
En mai 2026, le Shtandart prévoit des escales à Palerme, en Sicile, à Cagliari, en Sardaigne, et à Bonifacio, en Corse.
a) Refus d’escale à Palerme et à Cagliari
Le 6 mai, Il Sole 24 Ore annonce que le Shtandart ne pourra pas accoster à Palerme. Le même jour, L’Unione Sarda rapporte que l’accès au port de Cagliari lui est également interdit. Les deux médias signalent que le navire navigue avec son transpondeur AIS déconnecté.
Sources : La nave scuola russa Ts Shtandart diretta verso Palermo: non potrà attraccare, Il Sole 24 Ore, 6 mai 2026 ; Mistero in mare Nave scuola russa diretta a Cagliari: «Attracco vietato», L’Unione Sarda, 6 mai 2026, p. 11
Le 7 mai, le Bureau des politiques de sanctions du ministère italien des Affaires étrangères confirme, en réponse à un courrier de No Shtandart in Europe du 24 avril, que les autorités compétentes ont diffusé une alerte à l’ensemble des ports italiens concernant une éventuelle présence du navire. Le ministère indique que le Shtandart fait l’objet d’une surveillance continue et qu’il navigue alors dans les eaux internationales à l’est de la Sicile, sans faire route vers Palerme.
Source : Courriel du ministère italien des Affaires étrangères, Bureau des politiques de sanctions, 7 mai 2026
b)
Surveillance du navire au large de la Corse
Le 12 mai, le Centre des opérations de la Méditerranée (OPEM CECMED / PREMAR MED) confirme que les ports corses ont été informés de la situation du Shtandart. Le courriel adressé à No Shtandart in Europe précise que le navire fait l’objet d’un suivi attentif par les services et unités de l’action de l’État en mer, sous l’autorité du préfet maritime de la Méditerranée.
Le CECMED rappelle explicitement les dispositions de l’arrêté interpréfectoral du 5 mars : interdiction de naviguer dans les eaux intérieures françaises et limitation, dans la mer territoriale, au seul passage inoffensif, avec un transit continu et rapide, sans arrêt ni mouillage. Le dispositif de surveillance doit permettre de signaler tout comportement contraire à l’arrêté en vue de l’application des mesures prévues.
Source : Courriel du CECMED, Centre des opérations de la Méditerranée, 12 mai 2026
Les autorités italiennes annoncent le refus des escales prévues à Palerme et à Cagliari. En Corse, le CECMED confirme que les ports ont été informés et que le navire fait l’objet d’une surveillance destinée à assurer le respect de l’arrêté interpréfectoral du 5 mars. À cette date, le transpondeur AIS du Shtandart est déconnecté et sa destination suivante n’est annoncée ni sur son site internet ni sur ses réseaux sociaux.
4. Au
Monténégro, un signalement et des difficultés de transmission de l’information
Le Shtandart séjourne au Monténégro du 10 au 26 mai 2026. No Shtandart in Europe alerte les autorités, les associations ukrainiennes et la presse sur sa présence. Le programme de navigation publié le 28 mai prévoit un nouveau séjour sur la côte monténégrine du 30 juin au 3 août 2026.
Sources : U Kotoru po prvi put jedrenjak Shtandart, Radio Kotor, 11 mai 2026 ;Programme de navigation pour l’été 2026, Shtandart.eu, 28 mai 2026
Le 20 mai, No Shtandart in Europe adresse un signalement aux autorités monténégrines et à plusieurs interlocuteurs européens, dont la Commission européenne et le ministère italien des Affaires étrangères. Le collectif y expose son analyse de l’application au navire du règlement européen no 833/2014, notamment en ce qui concerne les répliques historiques et le changement de pavillon pour celui des îles Cook.
Le 4 juin, le quotidien monténégrin Vijesti, dans un article de Siniša Luković, rapporte ces démarches ainsi que la réponse du ministère monténégrin des Affaires étrangères. Celui-ci indique avoir contacté le ministère des Affaires maritimes après avoir reçu les informations sur la présence du navire. Il affirme que le Monténégro est « pleinement aligné politiquement » sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne, y compris sur les mesures restrictives contre la Russie, et rappelle l’existence d’un mécanisme de coordination destiné à renforcer leur application. Selon Vijesti, le Shtandart quitte ensuite le Monténégro et désactive son transpondeur AIS.
Source : Izbjeglica od Putina ili dio ruske “flote u sjenci”? Ruska fregata mogla bi Crnu Goru dovesti u neprilike sa EU, Vijesti, 4 juin 2026
Le 9 juin, dans un second article, Nikola Dragaš révèle que le système antivirus des services gouvernementaux aurait bloqué un courriel de No Shtandart in Europe signalant la présence du navire. Le ministère monténégrin des Affaires maritimes explique que le Shtandart était entré dans les eaux du pays alors que les autorités ne disposaient pas d’informations valides sur son statut. Lorsqu’elles ont reçu ces informations, le navire avait déjà quitté les eaux territoriales. Le journal estime à environ quinze jours la durée de son séjour.
Source : Was the antivirus delaying the capture of the Russian ship? How a replica of a frigate, which was on the sanctions list, sailed into Montenegro, Vijesti, 9 juin 2026
Les deux articles rapportent un décalage entre l’engagement déclaré du Monténégro à appliquer les mesures restrictives européennes et la transmission effective des informations nécessaires à leur mise en œuvre dans ce cas précis. Le programme de navigation publié par le Shtandart le 28 mai prévoyait un nouveau séjour au Monténégro du 30 juin au 3 août. Aucune source publique recensée ne permet d’établir que ce retour a eu lieu.
5. Le
Shtandart en Turquie
Le 23 mars 2026, l’agence de presse turque Anadolu Ajansı publie un article consacré au Shtandart, alors basé à Alanya. Selon son capitaine, Vladimir Martus, le navire est arrivé dans cette ville cinq mois auparavant (novembre 2025), après avoir navigué dans des ports européens.
Source : Rus Çarı 1. Petro'nun gemisi "Shtandart"ın kopyası Alanya'da gençler için yelken açıyor, Anadolu Ajansı, 23 mars 2026
En 2026, l’application des sanctions visant le Shtandart connaît une nouvelle étape. En France, l’arrêté interpréfectoral du 5 mars établit un cadre commun aux trois façades maritimes, tandis que le tribunal administratif de Rennes rejette au fond, le 28 mai, le recours contre l’arrêté préfectoral du Finistère de juillet 2024.
En Italie, les autorités interdisent les escales annoncées à Palerme et à Cagliari et alertent les ports sur le statut du navire. Au Monténégro, les signalements relatifs à sa présence suscitent des échanges entre les autorités et donnent lieu à des explications sur les difficultés de transmission des informations nécessaires à l’application des mesures restrictives.
Ces événements prolongent une controverse engagée en 2022 sur l’application des sanctions européennes au Shtandart. Ils mettent en évidence le rôle de leur interprétation juridique, mais aussi celui de la transmission des informations et de la coordination entre autorités nationales dans leur mise en œuvre.

Comments
Post a Comment
Please note:
To enforce the freedom of speech, comments are open to everybody including anonymous contributors. They will be immediately posted without any control "a priori." However, they will be subsequently reviewed. If there is use of slang words, slanders, incitation to hatred or violence, they will be removed. Each contributor is asked to write responsibly. Many thanks for your understanding.