mercredi 15 mars 2017

Cyber-guerre, l'Etat français commence à prendre la mesure des forces de destructions qui sont à l'oeuvre

Hacker élections image Bernard Grua



L'Ambassade de France à Kiev communique le 13/03/2017:

"Le vote électronique aux élections législatives est annulé pour raisons de sécurité":
"En raison du contexte actuel, caractérisé par un niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques, il a été décidé, sur recommandation de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), de ne pas recourir au vote électronique pour les élections législatives de juin 2017. Nous vous rappelons que le vote par internet n’était pas prévu pour l’élection présidentielle."

Un prestataire de vote électronique reconnu mais vulnérable à l'arsenal du Kremlin


Selon nos sources, la société qui avait été retenue pour le vote des Français de l'étranger est le prestataire espagnol "Scytl". Cette société jouit d'une excellente réputation. Elle a d'ailleurs réalisé un sans faute lors de la primaire des présidentielles de la droite française.

Selon nos sources toujours, les experts du Ministère des Affaires Etrangères (MAE), particulièrement sensibles aux attaques de hackers russes (voir aussi Nathalie Guibert, Le Monde,14/03/17: "Le cyberarsenal de la maison Russie") ont soumis le projet de la société Scytl à une batterie de tests intenses, dont la saturation des serveurs (cf premières attaques russes contre l'Estonie en 2007).

A l'issue, malgré toutes les sécurités mises en place par la société Scytl, il s'est avéré que le système était encore vulnérable. L'ambassadeur de France a Moscou, comme ses collègues du MAE, sait donc parfaitement ce qu'il faut entendre par "souci technique" (propos rapportés sur Facebook par un journaliste français à Moscou) même s'il ne le dit qu'en des termes diplomatiques .

Est-ce le début d'une véritable stratégie de défense?


Il est rassurant d'observer qu'après avoir laissé, pendant trois ans, le champ libre à la propagande du Kremlin ainsi qu'à ses hackers et ses trolls, notre société commence à se protéger.
Consternation, néanmoins. En dépit des mises en garde de Cécile Vaissé,   "Les Réseaux du Kremlin en France", mars 2016, et Nicolas Hénin "La France russe: Enquête sur les réseaux de Poutine", mai 2016, il a fallut attendre le scandale mondial des élections américaines pour que notre pays s'éveille à ce type de risques. Cette passivité n'est guère flatteuse pour un hexagone qui revendique régulièrement son indépendance de pensée et d'action.

Pourquoi l'opinion française est-elle tenue dans l'ignorance alors qu'elle doit être éclairée dans ses choix très proches?


On peut, de plus, se demander si nos concitoyens ne gagneraient pas à une communication plus explicite de la part de nos gouvernants en nommant la nature réelle de la menace. D'autant que les candidats pro-Kremlin, aux prochaines présidentielles, sont largement représentés et que notre opinion publique reste sensible à une certaine vision romantique ainsi que naïve d'un pays dirigé par un Vladimir Poutine issu du KGB, entouré de cercles de la même maison.

Bernard Grua, Nantes, 15/03/2017


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